Voici l’article du journal « Le Soir » à propos des 150 ans de notre Athénée:

L’« éducation pour jeunes filles » cent cinquante ans plus tard

BRUXELLES L’athénée Gatti de Gamond a ouvert en octobre 1864

Il y a 150 ans, une fé- ministe laïque fondait l’école qui porte aujour- d’hui son nom.

Ses valeurs demeurent on ne peut plus actuelles.

C’est, selon les historiens, le plus ancien établisse- ment communal laïque d’enseignement moyen pour jeunes filles de Belgique. Une école créée il y a 150 ans tout juste par Isabelle Gatti de Ga- mond. Un anniversaire presti- gieux, à l’occasion duquel l’école prévoit toute une série d’activi- tés, dont une exposition ouverte au public. La ministre de l’Edu- cation Joëlle Milquet (CDH) lui rendra d’ailleurs visite ce lundi à cette occasion. Parce que, même si elle est passée depuis dans le giron de la Communau- té française, et qu’elle est tenue par là à un devoir de neutralité, l’école conserve aujourd’hui une tradition et des valeurs liées à ses origines.

Ses origines? Elles sont liées à l’action de sa fondatrice, dont elle porte aujourd’hui le nom. Une jeune fille de bonne famille à qui les hasards de la vie – les filles ne pouvaient à l’époque s’appuyer que sur ces hasards pour s’instruire – ont apporté une excellente instruction et qui, animée de valeurs rationa- listes et laïques, trouve la possi- bilité de fonder une école afin d’y proposer un enseignement poussé aux demoiselles en quête de savoir.

Et ces valeurs, même si elles se sont adaptées à l’évolution de la société, sont demeurées d’une brûlante actualité : directrice de l’Orphelinat rationaliste depuis 1900 jusqu’à sa mort en 1905, Isabelle Gatti de Gamond écrit à propos de cette institution: « Que sera l’Orphelinat laïque ? L’ancien système éducatif avait pour formule: la religion et le prêtre; le nouveau aura pour devise : l’hygiène et le méde- cin.» Quant à l’enseignement, elle s’y révèle précurseuse des nouvelles pédagogies, condam- nant la « vieille pédagogie » qui « parle de répression et de puni- tion ».

Des propos qui scandalisaient les conservateurs de l’époque. Ceux d’aujourd’hui ne sont pas en reste. ■

PIERRE VASSART

Créée il y a 150 ans tout juste par Isabelle Gatti de Gamond, l’école a planifié une kyrielle d’activités pour son anniversaire.© RENÉ BRENY

« Un projet d’émancipation de tous les élèves »

ENTRETIEN

Bertrand Wilquet exerce à l’athénée Gatti de Gamond depuis 1999. Il est préfet depuis janvier 2014.

Lorsqu’elle a fondé l’école, Isabelle Gatti de Gamond met- tait en avant l’émancipation féminine. Cette idée se re- trouve-t-elle encore dans votre projet d’école aujourd’hui ? Cela a forcément dû évoluer dans le sens où on a imposé la mixité à l’école. Le projet d’émancipation demeure pré- sent par rapport aux jeunes filles puisque, par exemple, nous avons toujours des contacts avec les plannings fa- miliaux afin de sensibiliser les jeunes filles à une sexualité res- ponsable, mais nous sommes aujourd’hui dans un projet d’émancipation de tous les élèves : nous sommes une école à encadrement différencié, et ce projet a été adapté au type d’élèves que nous formons.

Comment cela se traduit-il dans votre projet d’école ? Les enseignants sont-ils sensibili- sés au sujet ? La laïcité est-elle toujours un pilier de votre

projet pédagogique ?

En tant qu’école de Wallonie- Bruxelles Enseignement, nous avons l’obligation de permettre à chacun de nos élèves d’avoir accès aux philosophies dont ils se revendiquent. Mais ils peuvent également aller voir dans les autres cours philoso- phiques. C’est dans le décret- mission de la Communauté française. Les spécificités de l’école se sont donc estompées puisque le lycée, au tout début, était une école de la Ville de Bruxelles fondée par une per- sonne qui avait davantage de liens avec la laïcité. A présent, nous devons nous fondre dans le projet que la Communauté française met en place, afin que chaque élève puisse s’épanouir dans les meilleures conditions et devenir un citoyen respon- sable dans une société multi- culturelle.

Vos élèves connaissent-ils
ce passé particulier
de votre école ?
Je ne pense pas. Les professeurs d’histoire abordent les thèmes qui étaient chers à Isabelle Gat- ti de Gamond et qui ont fait le lycée à l’époque. Il y a régulière-

ment des accroches par rapport à ça. Mais dans le cadre de ce cent-cinquantième anniver- saire, on essaie de sensibiliser davantage les élèves à ces thèmes. Par exemple, nos élèves de sciences sociales ont abordé le sujet en réalisant un docu- mentaire au sein de l’école.

Le corps enseignant dans votre école est-il aujourd’hui majori- tairement féminin ?
C’est assez partagé, mais on re- marque quand même une ma- jorité de femmes dans l’ensei- gnement en général.

L’actualité est un peu compli- quée en ce moment. D’aucuns observent une certaine radica- lisation parmi des jeunes Bruxellois. Votre école a-t-elle développé une stratégie pour répondre à ce phénomène, qui s’appuie sur les valeurs d’Isa- belle Gatti de Gamond ?

On constate en effet des ten- sions. Ce qui est très intéres- sant, c’est que nous sommes une école de centre-ville et pas une école de quartier. Nous brassons 35 à 40 nationalités différentes. Nous avons des personnes qui viennent d’An-

vers, parce que nous sommes près des transports en com- mun, pour suivre les cours de secrétariat en tourisme. Mais il est vrai que nous observons de plus en plus de jeunes filles qui viennent à l’école voilées, et qui ôtent leur voile en entrant, puisque le voile est interdit dans l’école. Le dialogue se met en place soit dans le cours de religion, soit dans les cours d’histoire ou de sciences so- ciales. Mais nous sommes aus- si tenus par les programmes pédagogiques. Nous avons tou- tefois des liens privilégiés, comme je le disais, avec les plannings familiaux, qui abordent aussi les probléma- tiques de l’égalité homme-

À VOIR

150 photos de valeurs

150 photos pour autant de valeurs cultivées au sein de l’école… et de projets réali- sés par ses élèves. Une exposition accessible au public les 7 et 9 octobre de 16 à 18 heures, et le 8 oc- tobre de 14 à 17 heures.

Rue du Marais 65 à 1000 Bruxelles

femme, du respect de l’autre. Ces intervenants extérieurs sont des interlocuteurs privilé- giés.

Vous êtes un homme à la tête d’un établissement aux racines féministes. Etes-vous le pre- mier ?

Il y en a eu d’autres avant moi, mais c’est vrai que je pense qu’il y a eu longtemps une volonté de garder cette image de la femme pour que les jeunes gens puissent avoir un modèle fémi- nin au niveau de la direction d’un établissement scolaire. ■

Propos recueillis par P.V.